Chaque année, lorsque l’hiver s’essouffle et que les premières douceurs du printemps se font sentir, une question revient sans cesse dans mon esprit de jardinière passionnée : est-ce le bon moment pour tailler mes arbres fruitiers ? Derrière cette interrogation se cache tout un art, celui d’accompagner les arbres dans leur développement, de favoriser une fructification généreuse et de maintenir un verger en bonne santé.
Mais tailler ne s’improvise pas, surtout lorsqu’on découvre qu’il existe différentes approches selon que l’on a affaire à des arbres à pépins ou à noyaux. Et que dire de la taille en vert, souvent méconnue mais pourtant si précieuse ? Plongeons ensemble dans cet univers fascinant pour affiner nos gestes de jardinage.
La bonne période pour tailler dépend du type d’arbre fruitier
On ne taille pas tous les arbres fruitiers au même moment, et c’est sans doute l’un des premiers réflexes à adopter lorsqu’on veut bien faire. Pour ma part, j’ai appris à observer mes arbres, à comprendre leur rythme, car chaque espèce a ses exigences.
Les arbres à pépins, comme les pommiers et les poiriers, se taillent principalement en hiver, pendant le repos végétatif, idéalement entre janvier et mars (hors périodes de gel). C’est à ce moment que la sève est au plus bas et que la structure de l’arbre est bien visible. Cette taille hivernale stimule la croissance et favorise la formation de fruits. On parle ici de taille de formation ou de fructification, selon l’âge de l’arbre.
En revanche, les arbres à noyaux, tels que les cerisiers, pruniers, abricotiers et pêchers, préfèrent une taille en été, après la récolte. La raison ? Ces arbres cicatrisent plus difficilement que les arbres à pépins. Une taille en période chaude et sèche permet de limiter les risques de maladies et favorise une meilleure cicatrisation. Pour ma part, je taille mes pruniers en août, une fois les fruits récoltés, et je veille toujours à désinfecter mes outils pour éviter la propagation de bactéries.
Les différences fondamentales entre arbres à pépins et à noyaux
La distinction entre arbres à pépins et arbres à noyaux ne se limite pas au fruit lui-même. Elle implique aussi des différences biologiques et physiologiques majeures qui influencent la façon dont on les taille.

Les arbres à pépins supportent des tailles plus sévères. On peut éliminer des branches pour favoriser la lumière et l’aération, éléments clés pour éviter maladies et parasites. Les arbres à noyaux, eux, n’aiment pas qu’on les brusque : il vaut mieux pratiquer des tailles légères, en supprimant uniquement le bois mort, les branches qui se croisent ou celles qui poussent vers l’intérieur.
Type d’arbre | Exemples | Période de taille | Spécificités de taille |
Arbres à pépins | Pommier, poirier | Hiver (janvier à mars) | Taille de formation/fructification, supporte des tailles plus sévères |
Cognassier | Fin de l’hiver | Aérer la couronne, supprimer le bois mort | |
Néflier | Fin d’hiver à début printemps | Taille légère, privilégier les bois jeunes | |
Arbres à noyaux | Cerisier, prunier, pêcher, abricotier | Été (après la récolte) | Taille douce, cicatrisation rapide indispensable |
Noyer | Fin d’été (août-septembre) | Supporte mal la taille, à limiter au strict nécessaire | |
Amandier | Fin de l’été à début automne | Supprimer le bois mort, ouvrir le centre | |
Arbres tropicaux/à climat doux | Figuier, kaki, olivier | Fin d’hiver à début printemps | Taille douce pour maintenir la forme et favoriser les fruits |
Figuier | Février-mars ou après récolte | Tailler les jeunes branches, équilibrer la charpente | |
Olivier | Mars-avril (hors gelées) | Taille de fructification, aérer le centre | |
Kaki | Fin de l’hiver | Supprimer les gourmands et branches en surnombre |
Ce tableau peut être imprimé et accroché dans l’abri de jardin ou dans la serre comme pense-bête saisonnier ! On peut aussi y cocher les arbres qu’on a dans son verger pour mieux planifier ses interventions.
L’intérêt souvent méconnu de la taille en vert
C’est en observant un vieux jardinier passionné que j’ai découvert la taille en vert, un geste simple mais redoutablement efficace. Elle se pratique pendant la période de croissance, généralement entre mai et juillet. Elle consiste à couper les jeunes pousses encore tendres, qu’on appelle aussi « gourmands », afin de canaliser l’énergie de l’arbre vers les fruits en développement.
Cette technique est particulièrement utile pour :
- Favoriser une meilleure aération de la ramure
- Limiter la hauteur de l’arbre pour faciliter les récoltes
- Encourager la production de fruits au détriment du feuillage
Sur mes pommiers, je pince les pousses verticales trop vigoureuses en juin. Cela me permet de garder une forme compacte et d’obtenir des fruits plus sucrés et plus nombreux. Sur les pêchers, je l’utilise aussi pour équilibrer la croissance entre les branches fructifères et le bois de l’année.

Des astuces pour aller plus loin dans l’art de la taille
Au fil des saisons, j’ai adopté quelques pratiques qui font une vraie différence dans la qualité de mes récoltes. Voici quelques idées que j’aime partager avec les autres passionnés :
Astuce | Description pratique |
Utiliser un mastic naturel | Pour protéger les grosses coupes des infections, surtout sur les arbres à noyaux |
Observer la lune | Tailler en lune descendante favoriserait une meilleure cicatrisation (selon les principes du jardinage lunaire) |
Réaliser un carnet de taille | Noter chaque intervention permet de suivre l’évolution de chaque arbre année après année |
Créer des formes artistiques | Espaliers, palmettes ou cordons apportent beauté et structure au jardin tout en facilitant la taille |
Former les jeunes arbres dès la première année | Une bonne charpente assure une fructification régulière et durable |
Un monde vivant à cultiver et à découvrir
Tailler ses arbres fruitiers, ce n’est pas simplement une question de technique : c’est un dialogue avec la nature, un moment de patience, d’observation et de transmission. Chaque geste compte, chaque branche coupée raconte une histoire. Et plus on pratique, plus on affine sa sensibilité à ce que chaque arbre a à nous dire.
Pour celles et ceux qui aiment jardiner, cultiver des fleurs, entretenir un potager ou favoriser la biodiversité, la taille est une porte d’entrée vers une connaissance plus fine du vivant. C’est aussi une source infinie d’expérimentation : pourquoi ne pas essayer cette année une taille en vert sur vos poiriers ? Ou observer les effets d’une taille douce sur un jeune abricotier ?
Et vous, comment taillez-vous vos arbres ? Quels sont vos petits rituels de taille ou vos découvertes inattendues ? Partagez vos expériences, vos succès (et vos erreurs !) : c’est ensemble que l’on fait pousser les plus beaux vergers.